Agrainage de nourrissage vs agrainage de dissuasion : ne pas confondre
Premier point fondamental : il existe deux types d'agrainage, l'un autorisé, l'autre strictement interdit depuis 2008.
Agrainage de nourrissage (INTERDIT)
Le nourrissage consiste à apporter de la nourriture en quantité significative dans le but de soutenir ou d'augmenter artificiellement la population de sangliers. Cette pratique a été interdite par la loi du 23 février 2005 et confirmée par le décret du 1er août 2006, dans un contexte de explosion des populations de sangliers et des dégâts agricoles.
Agrainage de dissuasion (AUTORISÉ, encadré)
L'agrainage dissuasif, lui, est autorisé. Son objectif unique est de retenir les sangliers en forêt pour limiter les dégâts agricoles. Il est strictement encadré par le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) de chaque département, et la dose autorisée est faible — l'idée n'est pas de nourrir mais d'occuper.
De nombreuses ACCA agrainnent sans le savoir en mode nourrissage : doses excessives, types d'aliments non autorisés (granulés, fruits, viande), points trop nombreux. La requalification par l'OFB peut entraîner une amende et le retrait de l'agrément de l'ACCA. Lire le SDGC de son département est non négociable.
Le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC)
Le SDGC est le document de référence qui définit, département par département, les règles de l'agrainage. Chaque ACCA doit s'y conformer. Le SDGC est rédigé par la FDC (Fédération Départementale des Chasseurs) puis approuvé par le préfet pour une durée de 6 ans.
Voici les règles types qu'on retrouve dans la majorité des SDGC, mais qui varient selon le département :
| Paramètre | Fourchette type (varie selon SDGC) |
|---|---|
| Types d'aliments autorisés | Maïs en grain, parfois blé ou orge. Souvent maïs uniquement. |
| Aliments interdits | Farines, granulés industriels, fruits, viande, ensilage, produits aromatisés |
| Dosage maximal par point | 5 à 10 kg / semaine (soit ~1 à 2 kg/jour) |
| Densité de points | 1 point par 50 à 200 ha de territoire boisé |
| Distance min. d'une culture | 200 à 500 m |
| Distance min. d'une route | 50 à 100 m |
| Distance min. d'une habitation | 100 à 200 m |
| Période autorisée | En général du 1er mars au 31 août. Interdit en période de chasse. |
| Déclaration | Obligatoire en début de saison auprès de la FDC, avec localisation GPS des points |
Important : ces fourchettes sont indicatives. Le SDGC de votre département peut être plus restrictif (par exemple aucun agrainage dans certaines zones ou pour certaines ACCA en zone à fort enjeu agricole). Demandez la version à jour à votre FDC ou consultez le site de la préfecture.
Les bonnes pratiques de l'agrainage dissuasif
1. Avoir l'autorisation et la déclaration
Avant tout agrainage, votre ACCA doit :
- Vérifier que le SDGC autorise l'agrainage sur votre territoire
- Déclarer chaque point à la FDC en début de saison (souvent via un formulaire ou un portail en ligne)
- Fournir les coordonnées GPS ou cartographier les points sur un plan
- Tenir à disposition cette information lors d'un contrôle OFB
2. Choisir le bon emplacement
L'emplacement d'un point d'agrainage est stratégique :
- En forêt, à distance des lisières cultivées
- Pas trop visible ni accessible à la grande faune non ciblée
- Dans une zone où les sangliers passent naturellement (souilles, coulées repérées)
- Pas à proximité d'un poste de tir (interdit en période de chasse pour éviter l'agachon)
3. Doser avec parcimonie
Quelques kg de maïs par semaine et par point suffisent. L'objectif n'est pas de nourrir mais d'occuper. Une augmentation soudaine du dosage ou une présence permanente d'aliments en abondance est l'indicateur que cherchera l'OFB pour requalifier en nourrissage.
4. Tenir un registre interne
Bien que non toujours obligatoire, tenir un registre des apports (date, point, quantité, type de céréale) est une excellente pratique. Cela permet :
- De prouver votre bonne foi en cas de contrôle
- De suivre la consommation budgétaire (un sac de maïs = ~20-25 €, ça monte vite)
- De partager la charge entre actionnaires (qui agrainne quel point, à quelle fréquence)
- De suivre l'efficacité (croisée avec le carnet de chasse et les constats de dégâts)
L'application permet de tenir un registre numérique de l'agrainage : points GPS, dates, quantités, agrainés par actionnaire. Couplé au carnet de chasse et au suivi des dégâts, vous documentez votre stratégie de gestion pour la FDC et l'AG annuelle. Voir comment.
Sanctions en cas d'infraction
L'agrainage en violation du SDGC est une infraction qui peut être constatée par les agents de l'OFB (Office Français de la Biodiversité), la gendarmerie ou les agents commissionnés des FDC. Les sanctions vont de :
- Amende de 750 à 1500 € (contravention de 4e ou 5e classe)
- Saisie du matériel (silos, distributeurs, sacs)
- Retrait de l'agrément de l'ACCA dans les cas les plus graves (rare mais possible)
- Engagement de la responsabilité personnelle du président d'ACCA si négligence caractérisée
En pratique, les contrôles OFB sont plus fréquents qu'on ne le pense, et l'absence de déclaration FDC ou de respect des distances est le motif le plus courant de procès-verbal.
Agrainage et indemnisation des dégâts
Petit rappel : les dégâts agricoles causés par le sanglier sont indemnisés par la FDC aux agriculteurs, financés par les cotisations des ACCA. Un département à fort niveau de dégâts voit ses cotisations FDC mécaniquement augmenter.
L'agrainage dissuasif bien fait contribue à réduire les dégâts en retenant les sangliers en forêt. À l'inverse, un agrainage mal placé (trop près des cultures) peut aggraver les dégâts en concentrant les animaux à proximité des champs. C'est précisément pour cette raison que le SDGC est très strict sur les distances minimales.
Cas particuliers
Zones à fort enjeu agricole
Dans certains départements (Bourgogne viticole, plaines céréalières du nord), le SDGC peut interdire totalement l'agrainage dans certaines zones classées sensibles. Vérifiez le zonage avant tout aménagement.
Zones PPA (peste porcine africaine)
En cas de présence ou de risque de PPA, l'agrainage peut être interdit ou suspendu par arrêté préfectoral, indépendamment du SDGC habituel. Vérifiez les arrêtés en vigueur (ex : zones tampons en 2023-2024 dans le nord-est).
Sécheresse et restrictions
En cas de sécheresse marquée et de risque incendie, certaines préfectures interdisent temporairement toute installation au sol en forêt, y compris les points d'agrainage. Suivez les arrêtés préfectoraux estivaux.
Suivez vos points d'agrainage avec GestionChasse
Tenez un registre numérique conforme : points GPS, dates, quantités, type de céréale, agrainés par actionnaire. Tout au même endroit pour la FDC et l'OFB.
Réserver une démoQuestions fréquentes
Oui, uniquement l'agrainage dissuasif encadré par le SDGC du département. L'agrainage de nourrissage est strictement interdit depuis 2008.
Le SDGC précise les aliments autorisés. En général : maïs en grain, parfois blé ou orge. Sont interdits : farines, granulés industriels, fruits, viande, ensilage.
Distance type 200 à 500 m d'une parcelle agricole, selon le SDGC. Vérifier le document du département.
Règle courante : 1 point par 50 à 200 ha de territoire boisé. Les points doivent être déclarés à la FDC en début de saison.
Dosage type : 5 à 10 kg par point et par semaine (soit ~1-2 kg/jour). Au-delà, requalification possible en nourrissage interdit.
Non, l'agrainage est généralement interdit en période de chasse autour des postes pour éviter l'agachon. Période autorisée typique : mars à août.